Et si une pratique censée protéger exposait en réalité à des risques invisibles mais profonds ? Au Cameroun, le repassage des seins continue de susciter débats et interrogations. Tradition pour certains, violence pour d’autres, cette pratique ancienne touche encore de nombreuses jeunes filles âgées de 8 à 17 ans, notamment dans les régions du Centre, de l’Est, de l’Ouest et du Littoral.
Derrière ce geste transmis de génération en génération se cache une intention souvent présentée comme protectrice. Aplatir les seins permettrait, selon certaines croyances, de réduire l’attention des hommes, de prévenir les grossesses précoces, les violences sexuelles ou encore les mariages forcés. Mais à quel prix ?
Car la réalité est bien plus préoccupante. Des experts de santé alertent sur les conséquences physiques graves : infections, douleurs persistantes, destruction des tissus mammaires, voire des risques accrus de cancer. À long terme, cette pratique peut également compromettre l’allaitement, impactant ainsi la santé future des mères et de leurs enfants.
Mais les blessures ne sont pas uniquement visibles. Sur le plan psychologique, le repassage des seins laisse souvent des traces durables. Douleur, incompréhension, frustration… Certaines jeunes filles vivent cette expérience comme une épreuve imposée, parfois contre leur volonté. Une réalité qui amène les organisations internationales à considérer cette pratique comme une atteinte aux droits humains.
Face à ce constat, des initiatives voient le jour pour mieux comprendre et agir. C’est le cas du projet mené par l’IRESCO en collaboration avec l’Université Cattolicadel Sacro Cuore de Milan. L’objectif est clair : étudier l’ampleur du phénomène, comprendre les raisons de sa persistance et tester des solutions concrètes pour le réduire.
Le projet s’est structuré en plusieurs étapes. Une première phase d’étude a permis de collecter des données auprès de femmes ayant des filles âgées de 8 à 15 ans dans 150 villages. Ensuite, une phase d’intervention a été lancée, basée sur la sensibilisation des mères aux dangers du repassage des seins et la promotion d’alternatives, comme l’utilisation de soutiens-gorge.
La troisième phase de ce projet était une étude de suivi qui avait pour principal objectif de comparer les données de base à celles de suivi, ce qui permettra dedéterminer si la seconde phase (intervention) a produit les effets escomptés ou non.
Cette étude s’est clôturée par une étude finale. La collecte finale des données, récemment achevée, s’est déroulée sur une période de 43 jours. Les travaux se poursuivent désormais avec l’analyse comparative des données initiales et finales. L’objectif est clair : Evaluer l’impact des interventions mises en œuvre dans le cadre du projet. À terme, les conclusions de l’étude feront l’objet d’un rapport global ainsi que des publications scientifiques, contribuant à enrichir les connaissances sur ces pratiques et à orienter les politiques publiques.
Alors, le repassage des seins est-il une tradition à préserver ou une pratique à repenser ? Une chose est certaine : mieux informer, dialoguer et proposer des alternatives reste essentiel pour protéger les jeunes filles, tout en respectant les réalités culturelles.
Le débat est ouvert. Et il concerne toute la société.
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